Transcription ou retranscription ? Une histoire de définition

Transcription ou retranscription ? Une histoire de définition

Le terme de transcription n’est pas habituel. Que veut-il dire exactement ? Est-ce la même chose que retranscription ? Pas facile de s’y retrouver, d’autant que les professionnels du secteur n’ont pas tous le même usage de ce vocabulaire. Voilà qui mérite bien un petit effort de définition !

Occupez-vous du sens et les mots s’occuperont d’eux-mêmes.

Lewis Carroll, Alice au pays des merveilles, 1865

D’abord un truc de scribes…

Le mot « transcription » qualifie l’opération par laquelle on reproduit un contenu en l’écrivant. Transcrire, c’est donc avant tout réaliser une « copie écrite ». C’est pour cela que sa racine latine, transcribere, contient le mot « écrire » (scribere).

Le terme de transcription concerne d’abord la copie écrite de textes (ex : la copie de certains actes officiels). Il s’applique aussi à la reproduction écrite d’autres types de contenus (ex : transcrire de la musique, des souvenirs ou des idées, un contenu audio enregistré…). Avec le temps, son application s’est élargie. Aujourd’hui, le terme est même utilisé en biologie pour qualifier le processus par lequel un segment d’ADN (acide désoxyribonucléique contenant notre information génétique) est copié en ARN (acide ribonucléique).

-> Soif de définitions ? Petit détour par le Larousse...

Reproduction ou transformation ?

La transcription peut être effectuée avec le même système d’écriture que celui utilisé pour le contenu initial. Sinon, elle peut être réalisée avec un système d’écriture (code ou mode d’enregistrement) différent. Par exemple : utiliser des caractères latins pour écrire un mot chinois, utiliser un code pour transcrire un message secret… C’est aussi le cas lorsqu’on fait la transcription d’un contenu audio : on passe d’un enregistrement sonore à une langue écrite.

La transcription reproduit-elle à l’identique ou transforme-t-elle le contenu transcrit ? Il y a souvent des débats à ce propos… En fait, ce sont deux vérités qui coexistent. En tant que copie, une transcription vise à l’exacte reproduction d’un contenu. Pour autant, cela ne va pas sans risque d’erreurs ou de déformations ! Surtout, à partir du moment où l’on utilise pour la copie un système d’écriture différent de celui du contenu initial, il y a forcément une transformation de ce contenu, avec un risque de perte d’informations ou de modification de sens. Le changement de code d’écriture peut aussi gêner la compréhension du contenu. Par exemple, la langue orale transcrite à l’écrit peut se révéler très pénible à lire… Ce qui peut amener à l’adapter pour la rendre plus lisible (ex : suppression des répétitions, intégration d’une ponctuation…).

Tout cela fait la difficulté de la transcription audio. En effet, il faut trouver comment transcrire des informations sonores, verbales et non verbales, de façon à perdre le moins possible d’information. En même temps, il faut trouver l’équilibre entre la fidélité au contenu initial et la lisibilité du texte transcrit, selon l’usage qu’on en a.

Ce qu’il faut savoir sur la transcription audio

Transcrire ou retranscrire ?

Et la retranscription, alors ? Alors, là, ça se complique ! Le dictionnaire fait pourtant plutôt simple : selon le Petit Robert, comme selon le Larousse, retranscrire, c’est transcrire de nouveau, recopier. Autrement dit : il s’agit de la même opération, mais elle est répétée dans le cas de la retranscription. Cependant, le terme est rarement utilisé en ce sens dans le langage courant et donne lieu à de nombreuses interprétations.

Ainsi, les professionnels de la transcription ne sont pas tous d’accord sur le sens à donner au terme de retranscription ! En effet, pour certains c’est un synonyme de transcription et ils l’emploient volontiers à sa place pour parler de toute transcription de contenus audio (qu’on appelle aussi audiotypie).

Pour d’autres, il y a une différence entre transcription et retranscription : la première qualifierait l’opération de transcription audio lorsque celle-ci cherche à être la plus fidèle possible au contenu initial (donc sans reformulation ni adaptation, par exemple dans les cas de la transcription intégrale ou épurée) ; tandis que la seconde concernerait les travaux impliquant une correction ou une reformulation, partielle ou totale (ex : compte-rendu intégral, révisé ou synthétique). Dans cette dernière acceptation, transcrire c’est reproduire un contenu, tandis que retranscrire, c’est le retravailler.

Du pour et du contre…

L’avantage de cette distinction des termes transcription et retranscription, c’est qu’elle valorise le travail particulier d’analyse et d’écriture réalisé pour les comptes-rendus par les audiotypistes (ou transcripteurs/trices). Or, ce travail, qui mobilise de nombreuses ressources intellectuelles, est souvent sous-estimé ou méconnu… Et le temps qu’il implique aussi ! Alors, oui, c’est important d’en souligner la valeur et la spécificité.

L’inconvénient de cette différenciation entre les deux termes, c’est qu’elle laisse entendre que par opposition à la retranscription, la transcription est une reproduction exacte du fichier audio. Or, ceci est en réalité impossible : aucune transcription en texte d’un contenu audio ne peut prétendre à la parfaite restitution de l’ensemble des informations sonores constituant ce contenu. Il y a forcément une transformation et une perte de contenu, même si on essaie de minimiser celles-ci. Il y a toujours le risque de mal transcrire une inflexion de voix chargée de sens, de ne pas rendre compte d’un silence significatif, de transcrire de façon erronée un terme technique, d’être dans l’impossibilité de donner à lire un échange brouillon et inaudible… Et puis, dans ce flux de la parole, comment savoir où l’on doit mettre un point ou une virgule – et si seulement l’on en met ? Parce que mine de rien, un point que l’on change d’endroit, ça change le sens…

Une histoire de curseur

Passer de l’oral à l’écrit, c’est changer de monde, de langage. Alors, non, en tant qu’audiotypiste, on ne peut malheureusement pas prétendre à la parfaite reproduction à l’écrit d’une langue parlée et de son contexte sonore. On ne peut que s’efforcer d’être dans une intense écoute et s’attacher à être le plus fidèle possible au contenu exploitable dans la façon dont on le transcrit. En fait, les facultés d’analyse des audiotypistes sont mobilisées pour tous types de transcription, même lors de transcriptions intégrales ou épurées. C’est justement ce qui nous rend capable d’identifier les matériaux à transcrire et de trouver comment les transcrire.

Ce qui différencie les différents types de transcription est finalement avant tout une question de degré : le degré de fidélité, le degré de transformation ou d’adaptation… C’est un curseur à positionner, entre fidélité et lisibilité, entre objectif de reproduction et objectif de réutilisation. Bien positionner ce curseur fait partie du savoir-faire du transcripteur.

Le métier de transcripteur(trice) ou d’audiotypiste

Au final, on dit quoi?

Alors, transcription ou retranscription ? Libre à chacun d’utiliser et de défendre son propre vocabulaire professionnel. L’important, c’est de bien caractériser ce qu’on fait et de se faire comprendre ! Je crois que les différentes approches des termes de transcription et retranscription dans le monde des audiotypistes se défendent toutes à partir du moment où elles sont clairement explicitées et où elles font sens.

Pour ma part, je préfère utiliser le terme de transcription pour qualifier toute opération de transformation d’un contenu audio en contenu écrit. Cela me paraît plus compréhensible et plus simple à utiliser.

Par contre, il me semble effectivement important de mettre en lumière la spécificité des travaux de transcription qui impliquent un travail particulièrement poussé d’analyse, d’adaptation et de rédaction : pour cela, j’emploie le terme de compte-rendu. En effet, ce terme évoque bien le processus de digestion et de transformation d’un contenu qui est à l’œuvre dans cette opération ! Faire un compte-rendu, c’est rendre compte de façon à ce que ce soit utilisable dans un contexte donné. Un vrai savoir-faire, qui demande d’être à l’écoute du contenu, mais aussi de la situation !

Ma méthode et mes outils de travail

-> Mes services de transcription et compte-rendu

Laurence Simonet
Transcriptrice, rédactrice, correctrice
-> Découvrez mes services et retrouvez mes articles de blog sur : www.redaconseil.com

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