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Parole d’enfant : « C’est ennuyeux, la transcription ! »

L’autre jour, un de mes petits voisins, âgé de 12 ans, m’a demandé : « Et toi, tu fais quoi comme métier ? » Je lui ai répondu « transcriptrice », mais il a compris « traductrice ». Je lui expliquai alors en quoi consiste la transcription audio. Il écouta très attentivement, puis reformula : « Alors, tu écoutes des gens qui parlent sur un enregistrement et tu tapes tout ce qu’ils disent ? » Je confirmai : « En gros, c’est ça. » Il s’écria : « Oh, alors, c’est ennuyeux, la transcription ! »  Comment ne pas reconnaître que la transcription est une tâche fastidieuse ? Je répondis à mon petit voisin : « Oui, tu as raison, la transcription, ça peut être monotone et même parfois pénible. Mais c’est un travail qui peut être intéressant : tout dépend comment on le fait et pourquoi on le fait. » Justement, parlons-en…

Le mot “long” est plus court que le mot “court”, c’est dingue non ?

Philippe Geluck, Le Chat, 2002

Pourquoi mon petit voisin a raison à propos de la transcription

Oui, il faut le dire : transcrire un enregistrement audio, ça peut être ennuyeux, laborieux et parfois éprouvant ! C’est une activité généralement considérée comme monotone, voire ardue, à cause de sa répétitivité, de sa pénibilité et de son caractère chronophage : elle nécessite en effet de mobiliser sur une longue durée une écoute et une concentration très intenses, ce qui est très fatigant (surtout si l’enregistrement audio est de mauvaise qualité !), mais aussi de maintenir pendant ces nombreuses heures une même posture de travail, tout en effectuant un travail de dactylographie qui appelle une frappe rapide au clavier. C’est une activité peu variée, qui exige qu’on fasse preuve de patience, de persévérance et de régularité. Cela peut paraître hautement barbant !

Le côté apparemment ennuyeux de la transcription est aussi lié à sa nature : elle est classée parmi les tâches d’exécution, parce qu’elle ne relève pas de la rédaction d’un contenu original : le texte transcrit est en quelque sorte la copie écrite du contenu audio, donc il ne s’agit pas d’une création. Ceci est particulièrement vrai pour la transcription intégrale ou épurée. Cela l’est un peu moins pour les comptes-rendus, car ils appellent un travail de remaniement du contenu. Mais même en ce cas, le contenu en tant que tel (le propos initial) n’a pas été produit par le transcripteur : la marge d’expression laissée à sa créativité reste limitée… ce qui peut sembler peu stimulant !

On a tendance à réduire la valeur de la transcription en pensant que c’est une activité qui ne fait pas appel à la réflexion, ou bien en considérant qu’elle consiste en des tâches simples et peu qualifiées. Or, c’est loin d’être vrai et aussi simple ! C’est précisément quand on l’aborde comme une activité déqualifiée que la transcription devient réellement ennuyeuse, mais aussi pauvre dans sa production. Le travail de transcription peut en réalité être d’une grande technicité et offrir plusieurs intérêts, au plan technique comme au plan intellectuel.

Pourquoi il n’y a pas que la vérité qui sort de la bouche des enfants

Oui, je l’affirme : il est possible de rendre plus intéressant (et plaisant !) le travail de transcription, pour soi comme pour ses clients.

Les premières clés d’un plaisir possible à transcrire sont la curiosité, le plaisir de découvrir et d’apprendre. Cela n’a l’air de rien, mais ce sont des qualités très porteuses quand on est transcripteur(trice). Chaque prestation de transcription est en effet l’occasion de découvrir un monde différent, avec son univers, ses codes, son vocabulaire, ses particularités. Qu’il s’agisse d’une conférence, d’un séminaire professionnel ou d’un entretien d’enquête, cela représente une ouverture sur le monde et sur différentes disciplines ou domaines. En transcriptrice sérieuse, je vérifie l’orthographe des mots que je ne connais pas et à cette occasion, j’en apprends le sens. En outre, les sujets abordés dans les contenus à transcrire sont souvent passionnants ! (je reconnais que tout ou presque m’intéresse…) Cet enrichissement vient nourrir ma motivation. Mais attention ! Si je peux acquérir des connaissances nouvelles (ex : vocabulaire, concepts…), je dois demeurer par ailleurs d’une grande discrétion sur le contenu des enregistrements, qui est souvent confidentiel.

Bien que ce soit un travail solitaire, la transcription provoque aussi une confrontation à l’altérité. On en apprend beaucoup sur l’espèce humaine, quand on passe du temps à écouter attentivement ses représentants ! En tant que transcriptrice, je peux être touchée, amusée ou interpellée par ce que j’entends. Ces réactions émotionnelles viennent animer le travail de transcription, lui donner une certaine perspective. De fait, ce sont aussi elles qui me rendent plus pertinente dans mes choix de transcrire ou non certains éléments sonores (ex: transcription épurée), ou dans ma manière de traduire leur importance. Cependant, je dois garder une certaine distance ou neutralité, afin de ne pas altérer mes capacités de concentration et de pouvoir effectuer correctement ma mission. Comme beaucoup de transcripteurs, j’ai appris à « me laisser traverser » par le sens de ce que j’entends, de façon à le comprendre et à en respecter le contenu et l’intention, sans m’y arrêter ni préjuger de son intérêt.

Pourquoi une transcriptrice se sert aussi de sa tête

Seconde clé du plaisir de transcrire : la grande technicité avec laquelle on peut exercer cette activité. C’est un enjeu majeur, car c’est ce qui rend le travail plus efficient. Or, un travail plus efficient est à la fois plus efficace et moins pénible. Il se traduit par un meilleur résultat pour le client, mais aussi par une optimisation du temps de transcription, doublée d’une facilitation de la tâche pour la personne qui transcrit.

Cette technicisation commence par le fait d’être équipé du matériel adéquat, d’avoir les bons outils de travail (ordinateur, logiciels, etc. -> Quel matériel j’utilise pour la transcription audio/vidéo ?).  Il s’est agi ensuite pour moi de gagner en habileté au niveau de la frappe – quitte à suivre un entraînement en dactylographie. S’y sont ajoutés : la maîtrise de certaines fonctionnalités du traitement de texte, la connaissance des raccourcis clavier, l’utilisation d’astuces permettant de gagner du temps…

Ma technicité de transcriptrice passe ensuite par la connaissance des enjeux propres à la transcription : qu’attend-on de la transcription ? Quelles sont les exigences spécifiques des différents types de transcription ? Comment traduire à l’écrit une langue orale très libre, sans règles, ni ponctuation ? Comment trouver le bon équilibre entre recherche de fidélité et contrainte de lisibilité ? Ces enjeux se traduisent par la mobilisation de mes facultés d’analyse, afin de déterminer quels sont les règles et procédés les plus adaptés à une transcription donnée. En d’autres termes, je ne me contente pas de taper sur un clavier : j’analyse sans cesse le contenu que je dois transcrire afin de pouvoir lui donner forme à l’écrit le plus efficacement possible ou le synthétiser. Je réfléchis, fais des choix, sélectionne, trouve des solutions… et je dois le faire très rapidement.

Ces enjeux appellent aussi la maîtrise de techniques spécifiques. Une bonne connaissance de la langue française est naturellement indispensable. Il s’agit par exemple de savoir comment user de la ponctuation sans risquer de dénaturer un propos. Il peut s’agir aussi d’établir un code typographique permettant de restituer un dialogue de façon non conventionnelle, ou bien de savoir comment rendre compte du relief émotionnel de l’oralité. Mais aussi : comment anonymiser des données dans un entretien d’enquête ? Comment intégrer une citation dans une citation ? Comment présenter un compte-rendu de séminaire de façon à faciliter sa lecture ? Comment reformuler ou synthétiser dans le cas d’un contenu remanié ? Et cetera. Savoir se poser les bonnes questions rend le travail de transcription plus pertinent… et plus intéressant ! Avec la maîtrise des règles ou conventions de transcription, c’est ce qui me permet d’être force de proposition auprès de mes clients.

Mes compétences complémentaires, particulièrement en relecture-correction apportent une garantie qualité supplémentaire ( -> Qu’est-ce que la relecture-correction ? ). C’est aussi le cas des outils de mise en page, qui sont très utiles pour les restitutions de conférence, par exemple. Pour certaines prestations, ma connaissance des écrits administratifs ou des techniques de la communication écrite est un plus. D’autres transcripteurs, selon leur spécialisation, y adjoignent par exemple des compétences juridiques, etc. L’intégration de nos divers savoir-faire enrichit nos missions de transcription.

Pourquoi le plaisir réside dans la qualité

Vous l’avez compris, qui dit technicité, dit savoir-faire et outils propres à un métier. Leur maîtrise permet d’avoir une approche beaucoup plus qualitative de la transcription. Or, plus le travail qu’on fait est de qualité, plus on a plaisir à le faire. En tout cas, c’est le cas pour moi ! Ainsi, je pense que le plaisir qu’on peut trouver à transcrire dépend en grande partie de ces techniques et outils : plus on les connaît, mieux on les utilise et plus on est satisfait…

Satisfaction : c’est sans doute la dernière clé. J’ai le goût du travail bien fait et trouve important d’essayer de produire des transcriptions de qualité. Autant pour moi que pour mes clients – d’autant que si mes clients sont satisfaits, je le suis aussi ! Oui, j’ai le goût du service : j’aime avoir le sentiment de participer à quelque chose, j’aime l’idée que je facilite le travail d’autrui, que je lui apporte un appui ou un soulagement. Petit rouage dans l’ombre, modeste mais sans lequel le mécanisme ne pourrait pas fonctionner correctement…

Pouvoir effectuer un travail de qualité est une condition de ma motivation à travailler comme transcriptrice. C’est pour ça que je tiens à établir une relation de confiance et un vrai dialogue avec mes clients – à l’opposé des pratiques d’uberisation qui ont cours dans le secteur de la transcription – car les besoins de transcription de ces clients ne sont pas à prendre à la légère : c’est une étape sans doute fastidieuse du projet qu’ils mettent en œuvre, mais elle est cruciale pour qu’ils puissent le mener à bien. Je m’attache donc à mettre en place des modalités de travail qui sont génératrices de qualité, qui donnent de l’intérêt à ma mission et qui valorisent la technicité qui fait de la transcription un vrai métier. C’est ce qui permet d’aboutir à une satisfaction et une reconnaissance mutuelles, avec mes clients – que je débarrasse au passage d’une tâche jugée ingrate, mais chut… !

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Laurence Simonet
Transcriptrice, rédactrice, correctrice
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